Aujourd’hui, l’idée que l’art est un moyen d’évasion est tellement évidente que a plupart d’entre nous confondent entre les productions de la société de consommation qui ont pour qualité requise le divertissement et les créations artistiques qui impliquent un véritable investissement.
Néanmoins, c’est l’oublie des efforts surhumaines dépliés par l’art pour dénoncer, dépasser élever, transfigurer la réalité elle-même.
Qu’est ce qu’il pourra bien résulter de se battre contre l’ignominie du monde, contre la bêtise de notre société avec de la toile, des chansons, des images, de la musique si l’art a pour but la fuite éperdue ?
La question qui se pose à ce sujet, est ce que l’art nous détourne-t-il de la réalité ? Quel est le rapport qu’entretient l’art avec la réalité ?

Partons de l’opinion commune, pour désigner l’ordre des fait et l’ordre des choses en tant que sa séparation de moi, son existence en soi, ou encore sa dépendance de moi et surtout en tant qu’il s’impose massivement à moi. Parce que je me cogne à la table, je dis que la table est réelle.
C’est ma réalité quotidienne: il y a moi et les autres.
Ma réalité de tous les jours, c’est l’ensemble des conflits permanent, cet ennuie, cette mélancolie, tristesse et ce chagrin
Il est bien clair que cette représentation de la réalité sur la valeur attribuée est impliquée à l’art. Dés qu’on pense à la réalité de cette façon on est obligé de trouver une porte de sortie pour évacuer le malaise et la difficulté existé dans notre quotidien. Donc il faudra justifier cette fuite, et l’art donne une jolie porte de sortie socialement admissible.
De là à constater dans l’art seulement une sorte de vengeance et de compensation contre la réalité; aucun cas ne sera rapidement franchi.
En laissant court à l’opinion commune, l’art nous procure des moyens d’évasion. Il est d’autant que nous avons fait de la réalité une prison, ce qui suppose nécessairement des moyens d’évasion.
Dans le but d’échapper à une réalité décevante, on se tourne vers une représentation qui se tient du fantasme, comme si nous cherchons à réintroduire le monde du rêve dans l’état de veille par le biais de l’art, d’où l’idée que l’art transport le spectateur dans un autre monde, un monde différent du monde réel tissé par le désir. Le cinéma est en ce sens le prototype postmoderne de l’art comme éloge de la fuite.
Le spectateur s’isole de la réalité dans une salle obscure tout en laissant les angoisses, les soucis et la lutte continuelle de sa vie quotidienne pour s’offrir l’extase d’un rêve éveillé. Le défilement des images sur l’écran nous emporte dans une courte hallucination, nous téléporte dans un monde autre que le nôtre misérable. C’est tellement excitant de voir une jolie femme dans un conte de fée, qui se reproduit pas dans la vrai vie.
Cela fait rêver un visage désespérément misérable qui a du mal à se regarder dans le miroir, ce voyage dans l’autre monde irréel qu’offre un film, une toile ou une chanson procure une douce ivresse et une évasion du réel.
La musique procure un plaisir intense, on en dira autant des ces extases musicaux qui nous transporte dans un autre monde, réconcilié avec toutes chose, avant que la réalité ne reprenne le dessus, que la concierge vous insulte pour avoir laissé la poubelle sur le palier, avant que l’on remarque de la baignoire a une fuite et qu’il est impossible d’obtenir le plombier, avant que la réalité nous rattrape avec le poids de ses soucis, de ses urgences et le tourbillon de ses luttes permanentes. Quand la vie réelle devient insupportable, il nous parvient alors à l’esprit de fuir cette réalité et aller compter à demeure dans l’irréel: passer sa vie au cinéma, s’enfermer dans les livres, hanter les salles de concert. Maints auteur son fait de cela une règle fondée sur l’éloge de la fuite, par exemple Kundera titre l’un de ses romans « La Vie est ailleurs » , autre exemple, Arthur Miller avait la fuite devant la réalité dans la recherche des formes de plaisir comme règles de vie.
La fuite du réel est un lieu commun de la postmodernité: Rêver est un besoin vital, qui trouve sa réalisation dans l’art. Le titre du livre de Bachelard « L’art De Rêver » prétend Il n’y a aucun mal à regarder l’art comme une évasion et que cette culture de la consommation qui nous y encourage en continuellement, cette évasion honore les fuites exotiques, les extases psychédéliques, les évasions romantiques, les magnifiques délires de la science-fiction etc… Par opposition à la laideur grise de la réalité dans laquelle nous existons.
Néanmoins, cette fuite en question, n’est pas le signale d’un profond malaise installé au cœur de la vie ? Cette représentation de l’art n’a-t-elle pas un caractère névrotique?
Cette boisson de la fuite de la réalité dans l’art ne représente-t-il pas un symptôme d’une sorte de maladie de la vie ? Les thèses de Nietzche sont très radicales sur ce point. Dans un monde là ou la représentation objective de la science domine, dans un monde ou la réalité nous accable, dans un monde où le nihilisme montre son visage monstrueux, nous avons, dit Nietzsche « besoin de l’art pour nous sauver de la vérité ».
L’art dissimule la vérité universelle blessante, il est le terreau des illusions qui aident la vie à supporter sa propre réalité. Nietzsche justifie l’art comme illusion en affirmant que sans illusion, la vie serait insupportable, l’illusion est-elle une nécessité et l’art serait donc une sorte de sublimation, permettant de conjurer les tendances du nihilisme? Notre monde postmoderne est-il à ce point malade qu’il ne puisse rechercher dans l’art qu’une compensation?
La thèse de Nietzsche trouve un prolongement développée dans les vues d’une autre psychologie de soupçons, celle de Freud: L’artiste est comme névropathe cherche dans l’art l’un et l’autre: l’expression des fantasmes inconscients. La quête éperdue du désir sexuel obéit uniquement au principe du plaisir qui maîtrise les pulsions, parce que le la réalité empirique ne fournit pas de satisfaction à ce désir, le sujet tend à compenser la frustration dans les marges, dans le rêve.

« L’artiste, comme le névropathe, s’était retiré loin de la réalité insatisfaisante dans ce monde imaginaire », mais Freud dit très étrangement, que l’artiste, par la création peut « reprendre pied dans la réalité » , alors qu’au même temps le névropathe est condamné à ne pas quitter la sphère de ses fantasmes, pour leur fournir une satisfaction imaginaire. Freud ne remet guère en question la réalité empirique, il prend pour acquis la représentation de la réalité de l’attitude naturelle, et c’est en se basant de ceci qu’il pose son principe de réalité en opposition avec le principe du plaisir. Il est clairement entendu que la seule réalité est « la réalité insatisfaisante » et que la vie sociale n’est possible que si le névropathe est ramené par « les efforts de la civilisation » à s’y adapter.
Sans cette « réalité » contre laquelle l’art lui-même s’est révolté, cette réalité objective, auquel il ne faudrait que se conformer sans la changer, parce qu’elle est habillée en costume cravate et elle allonge des chiffres et des statistique en prenant des airs sérieux et convenus, cette réalité des technocrates est très attachée à l’ordre social, de productivité et de système. Vive le surréalisme, à bas le réalisme petit-bourgeois et sa techno-science !
Comment donc d’affirme le surréalisme ? Quand le surréalisme s’oppose à toutes conventions sociales, logiques et morales, le surréalisme s’affirme, et pour briser cette fausse cohérence de la « réalité », le surréalisme trouve son inspiration dans l’instinct, la puissance inconsciente de la vie, du désir, la révolte.

Sous l’emprise le plus insignifiant, l’art doit avoir la nécessité de faire surgir un monde, une profondeur qui n’a jamais été entendu de la rencontre d’un papier dans le caniveau et d’une roue de bicyclette, un monde de coïncidences, de rapprochements, de mystère et d’énigmes: Le surréel (texte) au cœur du réel. Le méta poésie en lieu et place de la perception de la soi-disant « réalité » pour s’éveiller à la perception et à la Réalité, comme disait Stephen Jourdain.

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